

| Entretien avec Arnaud Dassier, co-fondateur de L'enchanteur des nouveaux médias | Envoyer |
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"Ce n’est pas facile de conseiller les marques ou les collectivités sur la façon d’évoluer dans le monde du Web 2.0"
Comment définiriez-vous le web 2.0 ? C’est un terme qui permet de mettre une étiquette sur une vraie nouveauté. Cela fait à peine un ou deux ans que la technologie permet réellement de tenir la promesse initiale de l’Internet : celle de l’interactivité concrète, la possibilité pour les internautes de participer, de contribuer aux contenus et d’interagir avec ce qu’ils ont sur l’écran. C’était possible, mais beaucoup plus complexe. Seuls les initiés pouvaient y parvenir. L’accès pour tous a été rendu possible avec des technologies qui ont permis de porter des interfaces très riches sur les ordinateurs et non plus sur les serveurs. Aujourd’hui, la technologie a rattrapé la promesse. Tous les systèmes qui “cartonnent” maintenant sur le web 2.0 avaient déjà des prototypes en 1999 / 2000, mais il n’y avait pas encore la technologie pour que se soit mainstream. Les réseaux sociaux et les blogs existaient déjà, mais c’était trop compliqué. Et puis, il faut toujours compter cinq ans de maturation du public et trouver un modèle économique pour que ces idées ressortent.
Avant tout, ce sont les blogs. Au lieu de faire des sites web et d’essayer de faire venir les gens à soi, on crée des blogs ou des groupes sponsorisés sur Facebook. On fait venir les gens à soi plutôt que d’aller vers eux. La question n’est plus de savoir comment faire venir les internautes sur mon site web, mais comment j’occupe ce nouvel espace Internet, comment je m’insére dans les réseaux sociaux, comment je crée des contenus et des services intéressants pour les gens, comment j’entre dans leur page personnalisée.
Un autre exemple appliqué du web 2.0, c’est Wikipedia où, sur la seule base du volontariat, les gens participent à la création d’une encyclopédie universelle par l’apport de leur savoir. Et d’après une étude récente, il y a moins d’erreurs dans Wikipedia que dans Britannicus ! Mais il reste encore à trouver le modèle économique qui va avec et qu’on n’a toujours pas découvert. La solution, ce sera sans doute la mise en place d’un mix entre des bannières de pub pour faire venir l’internaute et des sites qui offrent contenus et services ciblés à l’internaute. Il y a déjà des exemples. Au lieu de présenter ses produits et de dire qu’ils sont “super”, Blédina a créé un site avec des menus du matin, du midi et du soir pour les bébés. Ou encore Ferrero, avec leur produit Mon Chéri. Au lieu donner la recette secrète, Mon Chéri propose des services en ligne pour conseiller sur l’organisation de la soirée de Saint-Valentin de ses clients… Ce n’est pas facile de conseiller les marques ou les collectivités sur la façon d’évoluer dans le monde du Web 2.0 qui se situe par définition dans l’instantanéité, l’impulsivité. Comment une marque, une mairie, un organisme, qui sont forcément dans un temps de réactivité relativement long, font-ils pour intervenir dans ce monde de l’instantanéité qui n’est pas fait pour eux ? Une marque peut aller sur Facebook, mais comment peut-elle y fonctionner selon ses propres logiques de communication et de marketing ? Est-ce qu’une marque peut faire ce qu’exige un bon blog ou un site comme Viadeo ? Je pense que le marketing va devoir apprendre à développer et à cultiver des communautés d’ambassadeurs qui s’auto-proclameront représentants de marques. Cette communauté devra gérer un public qui, par posture, a sa propre liberté même s’il se sent proche de la marque qu’elle représente. Et la marque devra alimenter ses ambassadeurs en information, les privilégier – comment ? - et les choyer en faisant le pari qu’ils aillent bien relayer sa parole sans trop la déformer. Et si ses ambassadeurs se détournent, la marque ne pourra pas faire grand chose… Car il faut pouvoir favoriser la communauté tout en sachant la laisser vivre. Sur Facebook, la communauté la plus puissante, c’est celle constituée par les fans d’Apple… Et l’avenir ? Les univers virtuels, ça relève déjà du web 3.0. À mon avis, c’est une des voies possibles pour dépasser le stade de l’interface “image-texte-vidéo” et pour arriver, comme dans les films de science-fiction, vers des choses où l’homme retrouve ses réflexes avec les mains. Aujourd’hui, c’est surtout aussi de la recherche et du développement sur ce que pourrait être demain l’interface d’accès à l’information sur Internet. On est dans la version prototypale de ce que sera peut-être l’Internet de demain. C’est encore lourd, c’est lent, c’est compliqué… mais quand se sera fluide, sympa, chacun aura son avatar et l’on naviguera sur Internet comme ça. Ce sera peut-être ça, l’internet de demain . |

