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Entretien avec Benoît Campagne, Blogueur  Envoyer

 

« Le vrai changement du web 2.0, c’est l’appropriation de l’outil internet »

Le web 2.0, c’est quoi, pour vous ?
C’est souvent un nouveau terme pour dire toujours la même chose. Il y a beaucoup de tentatives de récupération du terme. C’est un terme qui est arrivé il y a deux ans. Les gens croyaient que c’était une technologie, alors qu’en fait, c’est plus une philosophie, un concept. Mais c’est vrai qu’avec l’irruption des CMS, le web 2.0 a fait apparaître des sites Internet faciles à construire pour n’importe qui et des outils qui permettent de dialoguer, d’échanger rapidement. Pour communiquer encore plus facilement, il y a même des sites qui ont été créés. Par exemple, avec les plateformes de blogs, on peut ouvrir un site en une heure… Ça rapproche les gens de manière plus rapide et différente, on le voit avec Facebook ou Viadeo.

Quels sont d’après vous les sites les plus représentatifs du web 2.0 ?
Tout ce qui est hyper communautaire, comme les sites où on vote. Scoopeo, par exemple : les internautes inscrits sur ce site peuvent proposer des post qu’ils ont vu sur d’autres blogs et les soumettre au vote de l’ensemble. Et plus les gens apprécient, plus le post remonte. Ça permet de dégager l’info la plus intéressante du moment. Aujourd’hui, les blogs créés utilisent tous des remontées de flux pour partager un maximum d’informations avec les visiteurs. On peut alors commenter, partager cette information, sur Facebook ou sur tous les sites de vote en ligne. En fait, les blogs sont peut-être ce qu’il y a de plus significatif du web 2.0. Ce sont eux qui utilisent le plus les technologies 2.0 pour partager leur information. Les blogueurs ne sont pas des compétiteurs des médias, mais des pendants. Ils les complètent. Les blogeurs vont chercher de l’information sur les médias et les médias reprennent des informations trouvées sur les blogs.


Est-ce que cela peut constituer un danger pour les médias traditionnels ?
Non, je ne pense pas que les médias doivent être inquiets. D’ailleurs, ils régissent plutôt bien. Par exemple, lemonde.fr est extrêmement bien fait. Ils ont créé lepost.fr, qui a été développé par Le Monde Interactif, et c’est communautaire. Les gens y postent des informations validées par une rédaction interne et cette même rédaction poste aussi des informations vérifiées, sourcées et plus sérieuses. En fait, les blogeurs stimulent les médias qui les utilisent comme sources d’information ou pour animer leur site. Par exemple, le site de 20 Minutes utilise à fond les contributions d’internautes. Pour les incendies en Grèce, ils ont demandé à une journaliste bloggeuse de rédiger, de mettre des photos, etc. En fait, la forme blog devient une sorte de standard de l’écrit web. Rue 89, par exemple, c’est un média classique qui a une apparence de blog : des notes courtes, avec une image, un titre informatif, un chapô. On comprend très bien où on est, la navigation est hyper-simple.


Et du point de vue des technologies, qu’est-ce qui relève vraiment du web 2.0 ?
Ce n’est pas le fait d’échanger – on le fait sur les forums depuis le début d’internet – mais c’est la facilité d’utilisation des outils d’information et d’échange. Avec l’Ajax, les flux RSS, tout le monde peut réagir à une information, un avis exprimé et donner son opinion immédiatement. Le résultat de pouvoir commenter sur tous les sites, c’est que les distances sociales s’abolissent. C’est incroyable de commenter le blog de Michel-Edouard Leclerc, d’envoyer des mails à Jacques Attali et d’avoir une réponse, d’échanger avec Yves Jego… Pouvoir s’exprimer dans les blogs et être lu, ça permet de se rapprocher des élites, du pouvoir.

Le vrai changement technologique, c’est l’appropriation de l’outil internet : tout le monde peut aujourd’hui construire un site. Sur Netvibes, c’est toi qui a créé ton monde, qui a mis ton bloc à cet endroit et tu sais exactement comment ça fonctionne. Ce n’est pas quelqu’un qui a construit un site que tu vas voir et qui doit respecter une certaine mise en page. Et puis, tu ne cherches pas forcément à partager ta page personnelle, donc tu n’as pas spécialement à faire d’effort sur la mise en page. En plus, un blog, c’est optimisé pour les moteurs de recherche, avec les titres, les mots-clefs, tout est tagé…


Le web 2.0 a-t-il modifié votre pratique d’internet ?
Bien sûr. Aujourd’hui, pour avoir de l’information, je vais sur les blogs et les sites d’informations généralistes. Lemonde.fr, mais aussi desourcesure.com qui est un site qui propose des dossiers un peu en marge… Je lis aussi les commentaires des gens, parce qu’on y trouve des informations et des idées de sujets. Je regarde tous les blogs sur le web : Cavazza, Versac, Ronez, Bierenbaum sur lepost.fr… Je dois déjà avoir 250 flux… Je m’abonne aussi aux flux de résultats dans les moteurs de recherche. Et puis, dans les grandes avancées du web 2.0, il y a le principe de la page personnalisable, comme sur Netvibes. Au début, c’est plutôt dans un but individuel. On va pouvoir construire sa page facilement et faciliter la lecture de l’Internet. Mais il y a aussi un aspect communautaire, parce qu’on va pouvoir partager ses favoris avec l’ensemble des internautes. Sur mon blog, il y a 1 300 abonnés au flux et entre 400 et 800 visiteurs pas jour qui viennent à 50% par les moteurs de recherche.

Autre exemple de changement de pratique : dans l’écriture de mon blog, je fais maintenant hyper attention aux titres. Je ne fais pas de titres informatifs mais des titres incitatifs, parce que le flux de mon blog est repris par des sites… et les gens n’ont que le titre ! J’ai un copain qui fait beaucoup d’articles de fond. Son titre était le “Re-enchantement du monde”. Personne ne va le lire, le reprendre, d’autant que derrière il y a un pavé de texte assez long, avec très peu de liens…
 

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