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Entretien avec Bruno Walther, président de la filiale de marketing relationnel one-to-one OgilvyOne  Envoyer

« La grande révolution à faire est dans l’ergonomie… »


Comment définiriez-vous le web 2.0 ?
Le terme web 2.0, c’est quelque chose d’assez brillant en termes de marketing. Mais si on y regarde bien, il n’y a pas eu d’évolutions d’usage depuis 1995. En fait, c’est un retour à la réalité de l’Internet, qui, comme le téléphone, est juste un outil permettant aux gens de s’interconnecter. Quand les gens se mettent en relation par Internet, ils font ce qu’ils font depuis la nuit des temps au café : ils chattent. Dans la vraie vie, les gens se sont toujours parlé de bouches à oreilles. Aujourd’hui, avec Internet, ce dialogue est démultiplié à la puissance 15. Le 2.0, c’est la découverte de cette mécanique sociale, c’est un retour à la réalité, à ce qui existe dans la vraie vie.

Pendant la bulle Internet, on a pensé que le mode de production et de consommation de contenu éditorial sur Internet serait les mêmes que pour les médias traditionnels, la radio, la télévision, c’est-à-dire une information produite et poussée par des professionnels. Et effectivement, on a vu arriver énormément d’offres de contenu, grâce à des capitaux importants qui ont été investis dans ce secteur. Puis, petit à petit, les capitaux ont disparu, et les offres de contenu se sont appauvries d’autant.… Cet écran de fumée dissipé, on a vu que la réalité des usages n’avait pas beaucoup changé. Sauf que maintenant, on est tous plus ou moins interconnectés, parce qu’on connaît quelqu’un qui connaît quelqu’un qui connaît le Pape, que chacun est donc, en moyenne, à cinq degrés du Pape, et qu’il peut faire passer l’information au Pape lui-même… Le grand succès d’Internet, c’est d’être, pour la première fois dans l’histoire de l’humanité, une plate-forme qui permet aux gens de s’interconnecter et de faire vivre la “théorie des cinq degrés”. Ce qui compte, ce n’est plus d’imposer une puissance, mais de toucher l’ensemble de l’humanité.


L’évolution serait donc davantage d’ordre sociétal que technologique ?

Le saut technologique n’est pas si majeur que ça, avec les interfaces enrichies. Il n’y a pas de gap réel. C’est juste l’Internet post-Flash. Ce qui veut dire qu’on a commis des erreurs en pensant, en 2000, que la valeur ajoutée était dans la valeur artistique des sites. Le 2.0 revient sur les usages, et ce qui compte, c’est l’interface enrichie avec des éléments simples d’accès. Le vrai saut technologique est centré sur l’interface utilisateur. Ce qui donne davantage de fluidité, plus de rapidité. Mais le 2.0 souffre aussi de carences en infrastructures. Les Etats-Unis sont peut-être leaders mondiaux en matière en production de contenu, mais beaucoup d’Américains se connectent encore en bas débit !


Et en ce qui concerne les interfaces graphiques ?
La nouvelle révolution, c’est qu’Internet est en train de s’échapper de l’ordinateur individuel. On passe de la logique de l’ordinateur individuel à celle de l’interface individuelle. Les pratiques, les usages sont en train de changer : on se connecte partout avec son login-password, depuis n’importe quel ordinateur, un téléphone, une console wii, un IPhone, et avec des interfaces comme Netvibes ou Delicious, on retrouve immédiatement ses pages personnalisées, ses flux RSS, ses mails, ses onglets… La portabilité des usages est une révolution profonde et qui accompagne la réalité matérielle. Dans cinq ans, le mythe du cadre se promenant avec son ordinateur sera totalement dépassé. On aura son bureau virtuel et c'est ce que dessine Netvibes. Netvibes apportent une révolution et il est d’ailleurs considéré par Google comme un des cinq dangers majeur. C’est aujourd’hui l’expression la plus aboutie de l’interface enrichie. Ce qui dessine la nouvelle révolution d’Internet, c’est la rencontre de deux mutations : celle du contenu, régénéré, et celle de l’interface utilisateur »


Quand on observe bien, on s’aperçoit que l’univers du web est assez pauvre, en termes d’ergonomie. Ça me fait penser au "C : "! À l’époque, Steve Jobs avait décidé d’inventer un ordinateur qui dit bonjour, de créer un univers virtuel de bureau et de mettre sa main pour entrer dans l’ordinateur. La souris dont tout le monde se sert aujourd’hui est née avec ça. Aujourd’hui, ce qui manque à l’Internet, c’est l’équivalent ergonomique d’une souris qui permettrait de rentrer dans l’univers virtuel du web, de faire le saut. Je pense que ce qui va remplacer la souris, c’est le doigt. Toutes les grandes révolutions sont liées à l’ergonomie. Et la Wii, c’est aussi une révolution parce qu’on change l’ergonomie en bougeant et en faisant du sport. Avec la Nintendo DS, on parle à la machine. La seconde révolution ergonomique, c’est l’iPhone. On utilise ces doigts pour tout faire. Avec l’I-phone, on se passe totalement du clavier pour avoir un contact direct sur l’écran. Apple a trouvé le next step technologique : comment utiliser en se promenant tous ces nouveaux outils électroniques portatifs, téléphones, GPS embarqués, etc »


Quels sont les sites actuels qui vous paraissent les plus représentatifs du web 2.0 ?
En premier lieu, Netvibes, avec son agrégateur de contenus et ses interfaces personnalisés. Ça permet de prendre vraiment le contrôle. Comme on personnalise son téléphone avec un fond d’écran, avec Netvibes, on personnalise l’interface, on s’approprie l’ensemble des contenus qu’on choisit.

Un autre site important, c’est sans doute You Tube. C’est un vrai gap technologique, avec une fluidité de la vidéo en ligne parfaitement adapté à l’iPhone, par exemple. D’ailleurs, quand sur les iPhone, il y a une touche You Tube dès la page d’accueil… Meetic est aussi important. Ce qui est intéressant, c’est que la technologie devienne transparente, que se soit facile pour l’utilisateur, qu’on oublie l’interface. C’est le cas sur Meetic.


Justement, y-a-t’il d’après vous des technologies purement web 2.0 ?
Oui, le mashup, par exemple. C’est le résultat logique du dépassement de l’ordinateur individuel et c’est l’avenir technologique, parce qu’on n’est plus dans une logique de protection des copyrights mais dans une recherche génération d’audience maximum pour obtenir le plus d’influence possible et se le faire rémunérer. Donc, on ouvre les codes pour devenir le standard. Avec le mashup, on devient plus fort pour s’opposer à ceux qui ferment leurs codes.


Dans les technologies innovantes, on peut citer aussi Open Laszlo, qui permet de créer des interfaces enrichies absolument incroyables pour améliorer l’ergonomie des pages. Or la grande révolution à faire est dans l’ergonomie…
 

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